Frisson d'amour

 

Frisson d’Amour, selle français d’1,76 m, alezan brûlé, né le 17 Mai 1993.

Ce nom était fait pour toi. Nous t’avons acheté à 5 ans.

Une tête de nounours, une gentillesse infinie, polyvalent, très malin, fugueur, un peu profiteur mais aussi très trouillard. Nous t’avons construit une écurie 4 étoiles à la maison avec box spacieux, carrière et paddocks attenants. Ta santé était très fragile, le moindre pépin était multiplié par dix mais tout finissait par rentrer dans l’ordre. Je t’ai mis au repos au mois d’avril 2004 puisque ma grossesse débutait. Je n’ai pas assez diminué ta ration alimentaire, je pense. On ne saura jamais ce qu’il s’est réellement passé.

Je t’ai retrouvé le 26 juin 2004 au matin les quatre membres engorgés, une température approchant les 40°, une respiration et une transpiration excessive : signes caractéristiques de la fourbure mais des quatre pieds, ce qui est très rare. Le vétérinaire est arrivé aussitôt, il t’a saigné au niveau de l’encolure, perfusé. Il fallait attendre quelques jours et voir l’évolution.

Tu t’es relevé, tu es resté trois mois au box, sans sortir, porte grande ouverte mais tu ne pouvait plus te déplacer. Etant « allergique » à beaucoup de médicaments, nous avons essayé l’homéopathie, petit à petit tu t’es remis à marcher mais toujours très handicapé. Ton corps tout entier a été touché. Tu fondais à vu d’œil malgré un très bon appétit. Tu as toujours gardé un super moral. Le maréchal qui te suivait depuis toujours nous avait dit de te nourrir qu’au foin et à la paille. Tu as passé l’hiver 2004 et le printemps 2005 tant bien que mal.

Les postérieurs étaient sauvés mais la 3ème phalange des antérieurs avait basculé, abcès à répétition, ferrure adaptée avec fers à l’envers.

Cela faisait 10 mois que tu « galérais », on y croyait puisque par courte période tu allais mieux puis tu rechutais de nouveau, on faisait tout ce qui était possible de faire car on savait qu’il fallait du temps. On t’aurait bien emmené à l’université de Gand mais tu était intransportable.

 

A cette époque on manquait déjà de courage pour te soulager, on repoussait sans cesse cette décision, croyant toujours que tu t’en sortirais.

Puis le maréchal nous a laissé tomber pendant 7 semaines sans explications. 7 semaines de trop. Les pieds ont commencé à pousser dans n’importe quel sens, tu ne savais à nouveau plus marcher. Il a quand même daigné venir le 15/7/05 après des dizaines d’appels pour nous annoncer que le sabot de l’antérieur gauche était en train de se décoller.

Avons demandé un 2ème avis avec un nouveau vétérinaire et un nouveau maréchal ferrant :

A priori pas de décollement.

La phalange était en train de perforer la sole avec des boules de chair, abcès, infection et une très grande douleur.

Plus rien n’est allé correctement ensuite, tu maigrissais toujours, tu restais couché des heures et des heures mais toujours avec un bon moral, des hennissements quand tu nous voyais arriver. Nous t’avons mis 15 jours sous equipalazone, la douleur s’atténuait mais revenait dés la fin du traitement.

Le vétérinaire venait te voir tous les 15 jours, l’antérieur gauche poussait dans tous les sens, tu t’étais déferré, ton pied était transpercé de haut en bas, impossible de remettre un fer.

Une fourmilière ainsi qu’une compression sont apparues au niveau de la couronne, très infectée avec une fissure de 7-8 cm de long. L’antérieur droit à commencer à suivre le même chemin.

Malgré la douleur, tu t’es toujours laissé faire.

Le week end dernier, tu es resté couché en pâture dans le froid et l’humidité, tu mangeais couché, ne buvais plus.

Lundi 17 octobre 2005, j’ai appelé le vétérinaire car tu ne te relevais pas. Il n’y avait plus rien à faire et tu avais trop souffert.

Je t’ai donc emmené depuis la pâture jusqu’à l’entrée de la carrière (en bord de route pour être accessible pour l’équarisseur… très cruel dans un moment pareil). Le vétérinaire m’a dit qu’il pouvait se débrouiller tout seul, j’ai refusé.

Je t’ai donné tes dernières carottes, un dernier bisou et tu t’es endormi. Quelques tremblements, un dernier ronflement qui j’espère voulait dire MERCI.

Une dernière fois on t’a enlevé ton licol pour que tu puisses partir trotter et galoper, choses qui t’étaient devenues impossibles.

On a manqué de courage pour te soulager avant et t’éviter toutes ces souffrances inutiles.

J’aurais voulu te faire incinérer individuellement mais les prix sont exorbitants.

L’équarisseur n’est venu que le lendemain après-midi. Je n’y ait pas assisté.

La dernière personne qui est montée sur ton dos est notre fille Marie qui vient de fêter ses 10 mois.

Tu es né un 17 mai pour partir un 17 Octobre. Tu n’avais que 12 ans et demi.

Tu me manques terriblement.