Les marchés aux chevaux
Souvent les gens pensent que les chevaux de boucherie vont directement du 'producteur au consommateur' or ce n'est bien souvent pas le cas. Un peu partout des marchands rassemblent les chevaux pour de grands marchés où les grossistes en viande viennent s'approvisionner. Ce n'est pas tant le fait que l'humain consomme de la viande de cheval qui me heurte, c'est le parcours lamentable que ces pauvres animaux doivent suivre avant de terminer dans l'assiette des hippophages. J'ai été visiter plusieurs marchés d'abattoir et les images sont partout aussi choquantes. Une ambiance de terrorisme règne dans ces lieux, pas de place pour les sentiments, les équidés ne sont plus que de la saucisse en sursis et le fait qu'ils soient toujours vivants et puissent éprouver de l'angoisse ou de la douleur ne semble pas effleurer les visiteurs/touristes et encore moins les 'commerçants'.

Le marché de Bruxelles se déroule tous les mercredis à 16h15 aux abattoirs d'Anderlecht et dure jusque 19h00, en principe.
Les camions bondés de chevaux arrivent bien avant et attendent sagement sur le parking, on entend des hennissements et des coups de pieds qui se 'perdent', qu'il fasse -10° ou +30° rien n'est prévu pour rendre l'attente de ces chevaux un peu moins pénible.
A 16h15 tapante les chevaux sont déchargés. Pour les 'non-bouchers' (qui s'en fichent bien royalement) c'est bien souvent le moment de voir les chevaux marcher et de repérer les 'raides boiteux'. Chaque cheval est alors attaché à des barrières métalliques. Chaque marchand a sa place attitrée. Les 'gros' marchands attachent leurs chevaux le plus 'serrés' possible pour former des 'lots' qu'ils essayeront de fourguer aux marchands de viande. Le débarquement est une vrai débandade, les chevaux serrés dans les camions paniquent 'explosent', ça hennit, ça s'énerve, ça doit aller vite car il n'y a que 6 places de débarquement pour une 30aine de camions et chacun veut avoir ses chevaux placés pour le passage des grossistes en viande.
La promiscuité imposée à ces chevaux qui ne se connaissent pas et sont en plus complètement stressés par l'atmosphère ambiante donne souvent lieu à des coups de pieds et coups de dents. Il y a un endroit réservé aux entiers mais il est de moins en moins utilisé. Les étalons sont donc attachés au milieu des autres ce qui donne droit aux 'explosions' qu'on imagine.
Les premiers 'hommes en noir' (les bouchers) font le tour et achètent les chevaux aillant la meilleure qualité de viande, n'hésitant pas à 'sortir du lot' des chevaux qui leur semblent moins bons. Viennent après d'autres bouchers qui se contentent de 'qualité moindre' et acquièrent des chevaux dans un état pitoyable pour quelques centaines d'euros.
Au milieu de toute cette agitation les propriétaires de certains clubs ainsi que certains 'petits marchands' essayent de repérer les chevaux encore plus ou moins 'potables' qu'ils pourront acquérir à moindre prix pour les exploiter par la suite ou les revendre avec une belle plus-value à des particuliers en les parant de toutes les qualités.
Quand on
fait le tour des 150 chevaux exposés chaque semaine on y trouve de
tout. Des
chevaux de trait et des haflingers obèses spécialement engraissés pour
'la
viande'. Des shetlands à la croupe rasée (pour faire ressortir la
'viande')
importés de Hollande le plus souvent où les élevages 'sauvages' sont
légion.
Ces animaux ne connaissent pas l'homme, n'ont jamais eu de licol, sont
généralement gourmeux et pouilleux et se débattent comme de beaux
diables
pour essayer d'échapper à cet enfer.
Il y a aussi les 'vieux', ceux qui ont donné toute une vie de labeur à
l'humain avant de terminer là. Ceux là ne bougent pas, le regard perdu
dans le
vide ils attendent que le cauchemar se termine. Certains sont encore
ferrés 'de
frais', chevaux de compétition qui ne satisfont plus aux exigences de
leur
propriétaire. D'autre n'ont plus du voir de maréchal-ferrant depuis des
années, les pieds sont explosés ou en 'babouche'. Il y a ceux aussi qui
ont du
mal à tenir encore debout, la douleur se lit sur leurs naseaux pincés,
leur
souffle court et leur regard perdu. Beaucoup toussent, leur nez coule,
le poil
est poisseux des stalles sans pailles dont on les a sortis. Et souvent,
au
milieu de cette cour des miracles on repère un cheval propre, bien
entretenu et
qui a l'air sain dont on se demande ce qu'il vient faire dans cette
galère.
Surtout ne
rien dire, ne pas crier son indignation devant l'état de certains
chevaux, ici
les marchands sont rois et les visiteurs tout juste tolérés. C'est vrai
que
bien souvent ce ne sont pas les marchands qui ont mis les chevaux dans
l'état
pitoyable dans lequel ils sont mais les propriétaires inconscient,
méchants ou
indifférents. Ces marchands là sont un peu les 'éboueurs' du monde
équestre,
ils récupèrent les animaux dont plus personne ne veut et les revendent
à ceux
qui en veulent bien ... irions nous reprocher à un brocanteur de vendre
à bas
prix une table bancale ?
Le seul 'hic' dans le cas de ces marché c'est qu'il ne s'agit pas
d'objets que
l'on brade ainsi mais d'animaux vivants qui souffrent dans
l'indifférence la
plus totale.
Petit à petit les lieux se vident. Il ne faut pas croire que, sous prétexte que le marché se passe à côté de l'abattoir de Bruxelles les chevaux dont le sort est scellé y seront immédiatement abattus. Oh que non ... ils sont même une minorité à 'tourner le coin'. La plupart est ré-embarquée pour se 'faire abattre ailleurs', en Belgique ou en Italie peu importe, leur calvaire est loin d'être terminé.
Et malgré tout cela il faut dire que les choses ont été pires. Il fut un temps (pas si lointain) où le marché se déroulait en plein air sur la Place de la Duchesse. Où les chevaux étaient tabassés pour rentrer ou sortir des camions, où ils glissaient sur les pavés de la place, où il restaient attachés dehors pendant des heures pendant que les marchands s'agglutinaient dans les cafés bordant la place. On dit même que quelques marchands 'oubliaient' les invendus certaines semaines ... Un règlement très stricte et en faveur des animaux a été établi pour le marché actuel. Le seul souci est qu'il n'est appliqué 'à la lettre' que pendant quelques semaines après chaque nouveau 'scandale' et puis les 'vieilles habitudes' reprennent le dessus dans l'indifférence générale.
Le marché d'Anderlecht a été fermé le 18 décembre 2008 et remplacé par les marchés de Ciney (mercredi après-midi) et Bruges (jeudi matin)
Celui-ci se tient tous les lundis à 7h00 matin au 'palais des expositions' d'Utrecht. Je n'ai pas connaissance d'une heure de fin règlementaire.
Les hollandais ne mangent pas de viande de cheval mais ceci ne les empêche nullement d'avoir des chevaux 'de réforme' dont l'état physique (le plus souvent) ne leur permet plus d'avoir un utilité quelconque aux yeux des humains. Comme la viande de cheval ne vaut rien aux Pays-Bas de nombreux Belges viennent s'approvisionner là. Ils achètent à Utrecht ce qu'ils revendront 2 jours plus tard à Bruxelles.
Je dirais que c'est le même spectacle de misère que Bruxelles version au carré car à Utrecht il ne semble y avoir aucune réglementation concernant le bien-être des animaux. On débarque n'importe quoi n'importe comment, les chevaux ont des 'licols' faits de cordes peu solide ce qui fait qu'ils cassent sans arrêt leur attache pour aller se promener au milieu des autres, provoquant une pagaille indescriptible. Je n'ai jamais vu autant de chevaux éborgnés et gravement boiteux qu'à Utrecht.
Au départ le marché se tenait à l'intérieur des palais mais pour des raisons que j'ignore il se déroule maintenant sur le parking sous un éclairage douteux et une ambiance d'apocalypse. Les marchands y disposent toujours de leur 'canne' et n'hésitent pas à s'en servir. Certains y apportent des chevaux qu'ils tentent de vendre à un prix supérieur à la boucherie et 'présentent' donc au grand trot au milieu des autres au risque de piétiner quiconque se trouverait par hasard dans leur chemin. Beaucoup de ces chevaux ont été remboursés par l'assurance à la suite d'un accident ou d'un pépin de santé, il y a donc au milieu des misérables des chevaux ayant eu une grande valeur et donc les 'vices' sont habilement maquillés.
Une fois les affaires conclues les marchands se retrouvent à la cafétéria laissant les chevaux entassés dans les camions ou 'attachés' dehors pendant une durée incertaine. Ce qui fait que vers 9h00 du matin on voit des chevaux déambuler sur le parking sans que personne ne semble y prendre garde. Heureusement que le tout est clôturé sinon ils se retrouveraient rapidement sur la grand route avec toutes les conséquences que cela implique.
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Qu'a-t-il fait de mal pour mériter ça ?