Nourrir les chevaux du troisième âge

La vieillesse en soi n'est pas une maladie. Inutile donc de décider du jour au lendemain : mon cheval a 16 ans (ou 20 ou 30) il est temps de changer sa nourriture. Tant que votre cheval se porte bien avec sa nourriture habituelle surtout NE CHANGEZ RIEN le mieux étant souvent l'ennemi du bien. Par contre au premier signe de perte de poids il faut intervenir RAPIDEMENT car le cheval âgé perd plus vite qu'il ne gagne. Malgré tout vous n'avez aucun intérêt à avoir un vieux cheval obèse car celui-ci aura encore plus de mal à se déplacer, à faire l'exercice nécessaire à le garder en forme et le coeur pompera d'autant plus à chaque effort.
On
a longtemps dit que les dents du cheval poussaient 'tout sa vie',
c'était du temps où les chevaux de 20 à 25 ans
étaient extraordinairement rares. En fait le cheval a un
'capital dentaire' de départ et, effectivement la dent sort de
la gencive au fure et à mesure de son abrasion (ce qui permet
d'avoir une idée de l'âge du cheval selon sa dentition)
mais une fois le cornet dentaire entièrement sorti le cheval ne
produit pas de nouvelle texture dentaire et donc les dents s'usent
jusqu'à la gencive, cassent ou se déboitent et tombent,
cette échéance est variable selon les chevaux, leur mode
de vie, la qualité de leurs dents etc mais tôt ou tard on
en arrive à un cheval complètement ou partiellement
édenté tant au niveau des incisives que des molaires. Il
ne faut donc pas hésiter à faire regarder
régulièrement (au moins 2 fois par an) la bouche de votre
vieux cheval par un praticien dentaire ou votre véto pour savoir
'où on en est' à ce niveau là.
Au niveau des
incisives vous pouvez vérifier vous même sans souci, la
fin du capital dentaire se traduit généralement par un
écartement des incisives et il n'est pas rare de trouver des
morceaux d'aliments coincés entre 2 dents qui peuvent causer des
douleurs au cheval et donc l'empêcher de manger. Toutes les dents
n'ont pas la même résistance (tant au niveau des incisives
que des molaires) et certaines cassent ou tombent plus rapidement que
d'autres. Tant que tout ça reste plus ou moins régulier
le cheval arrive généralement à brouter mais s'il
ne lui reste qu'une ou 2 incisives 'extra-longue' et rien d'autre
ça devient compliqué pour lui. Il faudra alors envisager
de les faire retirer par un vétérinaire.
Les molaires
ont pour rôle de 'moudre' les aliments ingérés. Les
surdents ne sont pas rares et doivent être
égalisées mais une dent qui a perdu son vis à vis
ne s'use plus et donc dépasse de la table dentaire et
empêche la meule de fonctionner normalement, plus de mouvement
possible ni latéral ni longitudinal, là aussi il faut
intervenir. D'autres dents 'balottent' et il faut alors
déterminer avec la praticien s'il vaut mieux les laisser ou les
enlever, chaque alternative ayant ses avantages et ses inconvenients.

Ponette sans dents dans un environnement défavorable
La digestion
Les difficultés de digestion du vieux cheval peuvent provenir d'éléments différents pouvant apparaitre ensemble ou séparément.
diminution de la salivation: le vieux cheval produit moins de salive, ce qui peut induire des problèmes de déglutition et même d'obstruction oesophagienne.
problèmes de foie: le cheval dont le foie ne fonctionne plus bien (à confirmer par une prise de sang) montre généralement des problèmes de perte de poids, de léthargie et éventuellement de muqueuses jaunâtres. Il devient intolérant à la graisse et aux protéines et doit donc voir sa ration augmenter en hydrate de carbone et diminuer en graisse et protéines. Comme le foie est l'organe de synthèse de la vitamine B et C il est fréquent que les chevaux souffrant de dysfonctionnement du foie manquent aussi de ces 2 vitamines il faudra donc penser à supplémenter..
problèmes
de reins: le cheval élimine le calcium excédentaire par
les reins. Si les reins ne fonctionnent plus bien il peut se
créer des calculs dans les reins ce qui provoque des douleurs
intenses semblables à des coliques. Il faudra donc veiller
à la quantité de calcium contenu dans la ration, ramener
un rapport phosphocalcique à 1,2/1 semble adéquat dans ce
cas.
Les intestins: peuvent être endommagés par un
parasitisme mal géré dans le passé, les larves
enkystées provoquant de sérieux dégâts.
Certains vieux chevaux peuvent aussi présenter des
adipômes (masse graisseuse) dans l'intestin qui encombrent
le passage et peuvent être à l'origine de bouchons. Enfin
la plupart des chevaux blancs/gris sont atteints de
mélanômes (tant interne qu'externes) qui eux aussi peuvent
rendre le passage des crottins plus difficile. Ces chevaux là
doivent recevoir une alimentation adaptée qui rend les crottins
'mous' (sans pour autant être liquides, consistance 'flatte de
vache') et facilitent le transit.

Melanomes particulièrement handicapant pour le transit
Enfin des problèmes métaboliques généraux tel le syndrôme de cushing peuvent perturber fortement l'absorbtion générale de sa nourrtiure par le cheval et la faiblesse générale acroitre fortement les besoins énergétiques, surtout en hiver.
Le facteur psychologique
Le mauvais appétit ou la perte de poids
chez les chevaux âgés peut aussi provenir d'un facteur psychologique,
le cheval est plus fragile, souvent très bas dans la hiérarchie il ne
se nourrira que parmi les derniers si il vit en troupeau et absorbera
ainsi insuffisamment de nourriture. Il est plus sensible aux extrêmes
de températures, il faut le couvrir quand il fait très froid pour qu'il
ne gaspille pas l'énergie produite par la nourriture à se tenir chaud,
en été une chaleur humide peut le perturber et, si son poil d'hiver
n'est pas complètement parti il faut le raser et/ou le mettre sous un
fin jet d'eau fraîche. Par temps très froid une augmentation de 20 ou
30% de sa ration journalière peut être nécessaire.
Tout changement dans sa vie (ajout de
nouveaux chevaux dans le troupeau, mort d'un vieux compagnion ou
transport) peut influencer son appétit et sa bonne santé, ils sont à
éviter autant que possible.
Quelques recettes:
En
règle générale: ne pas dépasser 0,5%
du poids du cheval par repas (un cheval de 400kg ne devra donc
pas recevoir de repas de grain de plus de 2kg à la fois) il
faudra donc probablement multiplier les repas pour arriver à une
quantité de nourriture suffisante. Plusieurs repas en petite
quantité profiteront mieux au cheval qu'un seul grand seau par
jour (c'est vrai pour tous les chevaux).
Le challenge sera donc de
concentrer un maximum de calories dans un volume minimum. Dans l'absolu
on privilégiera les nourritures spécialement
conçues pour vieux chevaux que presque toutes les grandes
marques d'aliments proposent de nos jours. Selon que le cheval
présente l'un ou l'autre problème de santé on
n'hésitera pas à comparer les taux de protéines,
de matières grasses et d'hydrate de carbones qui peuvent varier
fortement d'un aliment à l'autre afin de choisir la
nourriture la plus adéquate. On veillera aussi à donner
la quantité préconisée par le fabriquant, donner
1L de nourriture 'spécial vieux' et le reste de 'n'importe quoi'
sous prétexte d'économie augmentera juste la facture
vétérinaire (fausse économie) et diminuera
l'espérance de vie et de bien être de votre ami.
Si
malgré tout vous n'avez pas accès à de la
nourriture pour vieux chevaux de bonne qualité vous pouvez la
remplacer par de la nourriture pour poulain (sans apport lacté
bien sûr) les besoins des 2 catégories étant
comparables.
A défaut de mélange tout prêt
vous pouvez concocter vous même une ration
équilibrée (ceci n'a d'intérêt que si vous
avez plusieurs chevaux) à base de céréales
FLOCONNEES (les grains entiers et/ou les granulés sont
totalement à proscrire). La base étant l'orge
floconnée, eventuellement de l'avoine, du maïs
floconné (max 15% de la ration), du son, des protéines
sous forme de soja ou de luzerne et un complément minéral
et vitaminé additionné
Ajouter
des calories : la manière la plus facile c'est de
compléter la ration avec de l'huile végétale en
veillant à ne pas dépasser 10% de la ration et environ
100gr d'huile par 100kg de cheval.
La meilleure étant l'huile
de lin, suivie par les huiles de type Isio4 (mélange de
plusieurs huiles) mais toute huile végétale de
qualité apportera les calories nécessaires à
défaut des précieux omega 3-6-9 particulièrement
présents dans l'huile de lin.

Il n'est pas recommandé de rajouter du 'sucre' dans la ration, même sous forme de mélasse sauf cas particulier. Le sucre a un fort taux de fermentation dans les instestins et les grains sont déjà une source largement suffisante d'hydrate de carbone.
L'ajout de protéines (soja, luzerne) doit se faire avec beaucoup de précautions. Ne rêvons pas, votre papy ne va pas retrouver la musculature de sa jeunesse et la répartition du muscle continuera àse défaire. Ce n'est pas en rajouter des protéines à la ration que votre cheval retrouvera un dos et une croupe bien remplis.
Recettes pour les problèmes particuliers :
Les problèmes dentaires : le cheval dont la table dentaire est déficiente se remarque vite, il n'arrive plus à manger correctement son foin et recrache des 'boulettes' après les avoir mâchonnées. Le propriétaire retrouvera aussi des grains entiers dans ses crottins surtout en ce qui concerne les grains 'durs' (orge entière, maïs entier, épautre). Ils sont sortis comme ils sont entrés et n'apportent donc aucun élément nutritif à votre cheval. La solution c'est de tout tremper plusieurs heures à l'avance de façon à nourrir votre cheval avec de la 'panade'. L'ensemble ne devrait pas être trop liquide histoire de continuer à encourager le cheval à faire des mouvements de mastication et donc de salivation et éviter que la ration ne traverse trop vite le système digestif. C'est là aussi qu'un apport en huile trouve tout son sens puisque celle-ci , par principe, ne se mâche pas.
floconné trempé
Reste le problème crucial de l'apport en fibres, indispensable à la bonne santé du cheval, dans la nature le cheval se nourrit 17h sur 24 d'herbe et donc de fibres et une petite ration de grain même si elle contient tout l'apport énergétique nécessaire ne pourra jamais compenser cet état de fait. Pour bien vivre un cheval doit manger des fibres. Minimum 50% de la ration doit en être composée ... oui mais s'il n'arrive plus à manger du foin (ni de la paille) comment faire ? Déjà il faut voir s'il n'arrive plus à manger de foin du tout ou si certains types passent mieux que d'autres. tous les foins ne se valent pas, ils sont coupés à des moments différents, sur des parcelles différentes dans des endroits différents il y a donc moyen de trouver (ou de faire) du foin qui sera plus facile à manger pour votre cheval et même s'il en gaspille une partie tout ce qu'il arrive à mâcher et digérer c'est déjà ça 'de pris sur l'ennemi'. Il vous faudra donc trouver du foin pauvre en lignine (partie dure du brin d'herbe) autrement dit coupé tôt sur des prairies présentant des herbes fines et pas trop grossières et bien sûr d'excellente qualité. Laissez en toujours à libre disposition de votre cheval dans un endroit sec et aéré.
Si malgré tout il n'arrive plus à manger du foin il existe aussi chez les fabriquants d'aliments des sacs de foin pré-coupé, généralement mélangé à un peu de mélasse et parfois quelques vitamines qui peuvent très bien servir de 'remplacement' au foin traditionnel. Cette option est néanmoins relativement couteuse si on a à coeur de donner les quantités (en kilos cette fois et pas en litres) de foin à son cheval. Un seau rempli de ce foin coupé ne pèse pas bien lourd. Evitez autant que possible de donner toute la ration de fibres sous forme d'alfa-a (luzerne coupée en morceau et mélassée), trop de sucre et de protéines.

Le nec plus ultra reste le 'pré-alpin' qui se présente sous forme de cubes à tremper dans l'eau et une fois trempé la mixture ressemble à des épinards hachés tels qu'on peut le trouver en boite ou surgelé pour la consommation humaine. Il est parfaitement équilibré, appétent, ne présente aucune lignine bref l'idéal (le prix l'est nettemet moins).
Les problèmes de foie: le foie a besoin de sucre pour fonctionner correctement. Si le foie ne fonctionne plus bien il a du mal à contribuer à la digestion des protéines et des graisses. Pour ces chevaux là on pourra donc rajouter de la mélasse plutôt que de l'huile si des calories supplémentaires sont nécessaires et surtout augmenter la quantité de grains (hydrates de carbone) de la ration. Un supplément en vitamines B et C est à recommander si la prise de sang révèle des insuffisances à ce niveau malgré une nourriture équilibrée.
Les ensilages de maïs récoltés de préférence au stade vitreux (grain se laissant pénétrer par l'ongle) constituent un bon apport énergétique mais ils sont pauvres en matières azotées, minéraux et vitamines. Contrairement à la valeur alimentaire de l'herbe qui se dégrade rapidement avec le vieillissement celle du maïs paraît relativement stable et permet un apport nutritif plus régulier (car l'augmentation de la part du grain compense le durcissement de l'appareil végétatif. Ainsi, à condition que soient corrigées ses déficiences protéiques minérales et vitaminiques (vitamines A et D), l'ensilage de maïs peut entrer en quantité suffisante dans la ration (jusqu'à 20 kg) Les ensilages d'herbe peuvent également être donnés mais leur rôle se limiter en général à l'apport d'un peu de verdure, à raison de 6 à 12 kg. Composition analytique moyenne (en g/kg MS)
Maïs ensilage : UFC : 0,85 Mat azotées : 81 Ca:3,5 Ph :2,5 Mg 1,5
herbe ensilage : UFC 0,74 Mat azot. :131 Ca :6,5 Ph :3,5 Mg :2
R; Wolter in "Alimentation du cheval"

La pulpe de betteraves:
elle
se présente sous forme de granulés à
réhydrater . Ne JAMAIS donner de pulpe de betterave sans l'avoir
fait gonfler plusieurs heures au préalable vous risqueriez une
colique fatale ou une rupture d'estomac tout aussi fatale.
Contenant beaucoup d'eau la pulpe est riche en fibre et en
calcium et peut être donnée en grandes quantités au
cheval (20L par jour de pulpe réhydratée à
introduire progressivement) elle favorise le transit intestinal, est
appétente et de cout très faible. Elle ne quotient
quasiment pas de sucre vu que c'est le résidu de la betterave
sucrière une fois tout le sucre extrait ... A mes yaux c'est un
élement essentiel de la nourriture du vieux cheval car elle
apporte plus d'avantages que d'inconvenients

pulpe
déshydratée
pulpe
réhydratée
l'orge germée:
a
titre personnel je ne l'utilise pas, je n'ai donc pas grand chose
à en dire sinon ce qu'on lit sur le net. L'orge germe en 3
jours, la mise en place est assez fastidieuse et une germination
mal menée peut s'avérer toxique pour le cheval. L'orge
germée est plus facilement digestible pour le cheval.

Les graines de lin : la graine de lin entière doit être bouillies afin d'empêcher le cheval de s'intoxiquer avec l'acide cyanhydrique qu'elles contiennent. Je suis de l'avis de tous ceux qui l'ont déjà fait, cuire des graines de lin c'est une CRASSE, ça déborde de partout, c'est collant, c'est long et pourtant ça apporte tellement de bonnes choses au cheval. (matière grasse riche en omega 3-6-9, la 'gelatine' favorise le transit intestinal, le poil devient plus beau et plus soyeux). L'alternative si on veut complémenter tous les jours son cheval en lin c'est d'utiliser des graines extrudées, toastées, précuites etc faites néanmoins attention quand vous achetez des graines de lin 'prêtes à l'emploi' qu'il s'agisse bien de graines entières et non pas du résidu de la graine après qu'on en ait extrait l'huile car dans ce cas une bonne partie de bénéfices pour la santé du cheval sont perdus. Comme je l'ai déjà dit, l'huile de lin est le meilleur apport en matière grasses qu'on peut donner au cheval mais son prix est assez élevé et sa conservation limitée dans le temps.

[pili décembre 2009]
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