Ouvrir un refuge

L'endroit
Le but

Les personnes

L'argent
Les statuts
Les dangers
En conclusion

Les réactions au site sont multiples. Il y a des personnes qui se disent 'j'aimerais bien mais pour moi ce n'est pas possible' et d'autres qui dans un grand élan de générosité et d'idéalisme veulent se lancer dans l'aventure.

Voici donc mon avis tout personnel et qui n'engage que moi, fruit d'un certaine expérience même si celle-ci reste 'marginale' par rapport aux grandes associations. Mon point de vue sera donc celui d'un particulier qui désire s'engager pratiquement dans l'aide aux chevaux.

L'endroit:

Même si vous ne disposez pas d'un manoir et de dizaines d'hectares vous pouvez apporter une aide efficace à la cause des chevaux. Ne sauver qu'un cheval par an est un but tout aussi louable que d'en sauver des dizaines. Le tout est de se fixer un objectif réalisable et de s'y tenir. Sachez néanmoins que si vous ne disposez pas d'un minimum d'infrastructures propres (box/paddock/prairie) l'entreprise sera extrêmement compliquée (ou financièrement ingérable). Les gentilles personnes qui vont vous prêter ou louer des infrastructures peuvent , pour une raison ou une autre changer d'avis et vous êtes et restez RESPONSABLES des animaux que vous avez sauvé. Trop de refuge doivent fermer parce que l'endroit où ils étaient implantés ne sont plus disponibles. Que vont alors devenir les chevaux sauvés ? Ce sont généralement des animaux dont plus personne ne veut, immontables, psychologiquement perturbés etc, ce ne sera pas facile de les replacer. Pensez-y.

Un box ou paddock spécial pour les nouveaux arrivants, isolé des autres est indispensable. Les chevaux issus de marchands ou de marchés et destinés à la boucherie ne sont généralement pas 'sains'. Tout au moins seront-ils infestés de vers, ils auront côtoyés d'autre chevaux peut-être gravement malades et peuvent provoquer une épidémie à votre cheptel existant. Il est donc utile d'avoir un endroit où les isoler pour observation. Vous devez pouvoir leur procurer une surveillance constante (une prairie où vous allez 1 ou 2 fois par jour ne sera pas idéale car beaucoup de choses peuvent se passer pendant vos heures d'absence et le cheval traumatisé bénéficie très largement d'une présence rassurante et de de nombreuses visites par jour qui lui permettront de se sentir à l'aise).

 

Le but:

Il faut savoir dès le départ à quel type d'équidés vous vous voulez apporter votre aide. 

Je dirais schématiquement qu'il y a 3 types de chevaux à sauver

- le cheval 'inutilisable' qu'il soit vieux ou jeune, des problèmes physiques l'empêchent de continuer à travailler même à toute petite dose, il ne peut servir que de 'tondeuse à gazon ou 'nain de jardin'. Ils proviennent le plus souvent de particuliers et vous sont confiés gratuitement 'contre bon soins'. Ils représentent souvent des gouffres financiers (les 'bons soins' coûtant cher) et sont difficilement plaçables. Les personnes désireuses de prendre un cheval totalement inutilisables sont rares même comme 'compagnon de prairie'.

- le cheval 'économiquement non rentable':  c'est un cheval qui , probablement, un jour où l'autre pourra de nouveau être 'utilisé' mais l'argent, le temps etc à investir dans ce genre de cheval fait que son prix final dépassera de loin sa 'valeur marchande' et le propriétaire préfèrera donc l'envoyer à la boucherie où il retirera rapidement une certaine somme sans devoir investir dans un futur hypothétique. Dans cette catégorie entrent les chevaux 'fous furieux', les poulains sans origine, certains réformés de course, certains blessés, boiteux etc. C'est la catégorie à laquelle, à titre perso, je donne la priorité.

- le cheval maltraité et saisi par la justice. C'est une catégorie un peu à part car avant qu'une décision de saisie intervienne il faut que le cheval soit en danger de mort, la justice est lente à trancher, entre-temps le cheval doit rester chez vous, à vos frais (dans un premier temps) et vous n'en êtes que le 'gardien' jusqu'à la fin du procès et au pire vous pouvez être obligé de le rendre à son tortionnaire. De plus vous devez avoir une aide juridique qui vous permettra de vous porter partie civile etc. Je laisse, pour ma part, ce 'boulot' aux grandes associations qui ont un 'poids' nettement plus important que moi à mettre dans la balance.

 

Les personnes:

A moins d'avoir la possibilité d'engager du personnel qualifié pour vous prêter main forte, sachez que , pour les tâches quotidiennes vous serez tout seul à patauger dans la boue et le fumier. Trouver des volontaires pour venir donner un coup de main ponctuel n'est pas trop compliqué mais la vie associative étant ce qu'elle est ces personnes peuvent trouver une autre occupation plus 'amusante', ne venir qu'en été quand il fait beau, ne vouloir effectuer que telle ou telle tâche etc. Il est donc préférable de partir du principe qu'on ne peut compter que sur soi-même pour la gestion au jour le jour du refuge et donc avoir le temps, les connaissances et les capacités nécessaires pour faire face à tous les problèmes que peut poser la gestion d'une écurie, problèmes multipliés par X quand il s'agit de chevaux 'rescapés'.

 

L'argent:

-le nerf de la guerre. Quel que soit le prix de départ mis pour le cheval (même si le cheval vous est donné), comptez 250 euros minimum dans les premiers jours pour faire une premier 'état de lieux' du cheval. Vétérinaire, vaccin, vermifuge, maréchal-ferrant etc.

A cela s'ajoutent d'autres frais éventuels et fréquents: ostéopathe, dentiste ...

Après vous aurez les frais 'courants' inhérents à l'entretien de n'importe quel équidé. Si vous avez déjà des chevaux chez vous vous saurez de quoi je parle.

Une fois de plus il faudra avant tout compter sur vous même et sur votre capacité financière propre pour 'supporter' le coût des rescapés. Sponsoring, parrainages etc ne sont pas des rentrées 'sûres', au premier revers financier c'est dans le budget 'aide aux chevaux malheureux' que vos 'généreux donateurs' vont sabrer et ces conjonctions bassement matérielles n'empêcheront pas vos chevaux de continuer à manger, de voir leur pieds pousser, de souffrir d'une colique etc.

Les statuts

Il est tentant de de vouloir faire de votre 'oeuvre' une association (loi 1901 ou asbl). La création d'une telle association mettra votre patrimoine propre à l'abri d'une éventuelle débâcle financière et la création d'une telle structure est facile et peu onéreuse, là où le bât blesse c'est que vous perdez une bonne partie de votre indépendance car d'autres personnes se sentiront des 'droits' sur vos animaux, sur votre gestion etc. Et les bons amis d'aujourd'hui qui vous soutiennent peuvent devenir demain, pour des broutilles, vos pires détracteurs. Pensez y avant de vous lancer dans l'aventure. 

Il y a parfaitement moyen de mener une petite structure à bien sans que celle-ci ne doive nécessairement avoir pignon sur rue (j'en suis la preuve vivante ;-).

 

Les dangers:

Le plus grand danger est de se laisser déborder. Trop de travail, trop de charges financières et toujours plus de chevaux malheureux qu'on vient vous proposer. Savoir dire NON est la première chose à apprendre. Savoir gérer un budget, savoir évaluer ses capacités et son temps afin de rendre les chevaux rescapés pleinement heureux sont des qualités incontournables que vous DEVEZ avoir sous peine de foncer droit à la catastrophe. Mieux vaut avoir 5 rescapés heureux que 25 auxquels on n'arrive pas à donner tous les soins et l'attention nécessaires. Afin de pouvoir permettre à un plus grand nombre de bénéficier de votre sollicitude il est quasi indispensable d'envisager une solution de 'placement' pour les chevaux que vous avez remis en état. Prenez un maximum de précautions, n'hésitez pas à mettre les chevaux à l'essai chez les adoptants et n'oubliez jamais qu'un cheval placé peut, pour une raison ou une autre, bonne ou mauvaise, vous 'revenir' et que donc vous n'êtes jamais sûr, jusqu'à la mort du cheval de ne pas le voir réapparaître un  jour 'sous vos fenêtres'.

 

En conclusion:

Sauver des chevaux est un sacerdoce mais aussi une aventure merveilleuse dans laquelle il ne faut se lancer qu'après avoir très sérieusement pesé le pour et le contre. Vous n'allez pas sauver des 'petits pois de la mise en boîte' mais bien des animaux vivants dont vous serez responsable jusqu'à la fin de leurs jours. Et si vous ne vous sentez pas la force nécessaire de monter votre propre structure rien ne vous empêche de soutenir activement ou financièrement l'une ou l'autre association, elles en ont toutes besoin.

Pili mai 2004

 

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