Téquéros

 

Voici l'histoire de Téquéros, mon cheval, lui aussi trop tôt disparu. Il y a 7 ans j'ai acheté chez un marchand un superbe hongre d'origine andalouse de soit disant 11 ans, sans papier. Le marchand pouvait me fournir des papiers si je voulais. Il venait d'un manège mais ne voulait pas me dire d'où. Déjà là j'aurais dû tiquer mais il était si beau et le marchand si habile. Je n'avais que 21 ans, je me suis laissée faire et Téquéros est venu à la maison, rejoindre la jument de ma soeur. Si il y avait un problème je pouvais quand même le rendre au marchand (je ne sais pas si il m'aurait remboursée).

Très vite je me suis rendu compte du problème qui m'avait été habilement caché. Dédé comme ma soeur et moi l'avions surnommé ne pouvait pas soulever son postérieur gauche. Pourtant le marchand l'avait fait ferrer avant de me l'amener, comment s'y était-il pris car moi-même je n'arrivais pas à lui curer ce pied ??

Je n'ai pas réclamé. Dédé, malgré cela, était en pleine forme et cet handicap ne le gênait pas pour les quelques heures de ballade que nous faisions avec lui. Le reste du temps il était choyé par mes parents et passait son temps en prairie à brouter, à se reposer et à piquer des sprints avec sa copine.

La maréchal ferrant de l'époque (Monsieur Martin Dischinger, que je ne remercierai jamais assez pour sa patience et de son habileté) parvenait toujours à le ferrer, il fallait parfois 2 heures mais à chaque fois c'était parfait.

Au fil du temps, le ferrage devint plus problématique, il fallait que Dédé s'appuie contre un mur pour pouvoir tenir le coup, ensuite ce fut les cures de phénylbutazone 15 jours avant le ferrage à raison de 4 grammes par jour qui l'aidèrent, puis il fallut le mur et la but, Dédé tremblait de tout son corps mais se laissait faire, quel brave cheval !

Les ballades elles se passaient toujours bien,il accrochait parfois sa jambe dans une branche ou un trou mais continuait sa route que ce soit au pas, au trot ou au galop. Je ne m'en rendait même pas compte.

C'est quand il se roulait que c'était le plus affolant, il ne pouvait pas se relever sur son postérieur. Quand il était debout il marchait quelques pas avec sa jambe traînant derrière lui, comme morte, puis elle se remettait et il repartait comme si de rien n'était

Je l'ai fait voir par plusieurs ostéopathes et vétérinaires, il n'y avait rien à faire, c'était un vieille blessure et il vivait avec, donc pourquoi aller l'embéter, tant qu'il ne souffre pas.

J'ai tout de suite su qu'un jour ou l'autre il devrait partir contre sa volonté.

Avec le temps les choses se sont aggravées, sa jambe ne se remettait plus toute seule. Nous l'avons mis au paddock car il devait se reposer, le vétérinaire est venu plusieurs fois lui remettre car je n'avais pas la force. En fait, sa rotule sortait de son logement, ce qui désolidarisait sa jambe.

En 15 jours, les choses se sont précipitées, Un jour ma maman m'a téléphoné au travail pour me dire que cette fois il ne se relevait pas. Il se traînait dans le paddock sans pouvoir se remettre sur ses jambes. Sur le temps du voyage pour venir le voir il était debout mais sur trois pieds. Des radios (pour mieux comprendre) étaient justement prévues ce jour là. J'ai accompagné le vétérinaire chez lui pour avoir le verdict, sans appel, il n'y a rien à faire, la rotule est en mille morceaux qu'il faudrait enlever un à un sous anesthésie à la clinique vétérinaire de Liège.

Très franc et honnète le vétérinaire me dit que c'est risqué, il a 15 ans et la convalescence sera longue et douloureuse, puis le reste de la rotule se fera de nouveau broyé et il faudra recommencer le traitement. Il vaut mieux en finir.

Je le savais mais je ne pensais pas que ce serait si tôt.

Dédé est donc parti un jeudi de septembre mais j'ai été trop lâche pour l'accompagner, c'est un marchand qui l'a conduit à l'abattoir.

Je ne pouvais pas le voir mort chez moi, je m'en veux car même si le maquignon m'a demandé un ballot de paille pour mettre dans le van, il était seul, ce cheval si courageux qui m'a toujours fait confiance est parti vers le paradis qu'il méritait sans moi, avec des étrangers. Comment a-t-il été traité ??

En écrivant ces lignes, je n'arrive pas à retenir mes larmes, c'est aussi la première fois que j'ose en parler à coeur ouvert et même après quatre longues années, il me manque toujours et me manquera encore longtemps, même Ben et Sally, mes copains de maintenant ne peuvent me faire oublier ce bel andalou.

Pour ma part je crois qu'à partir du moment où un cheval ne peut plus vivre comme un cheval, il ne faut pas le laisser souffrir. Dédé ne pouvait plus se rouler, il ne pouvait plus marcher pour venir vers moi. Je ne sais pas si il voulait partir, j'ai choisi pour lui et encore maintenant je m'en veux, j'aurai peut-être pu faire quelque chose pour lui, le soigner, malgré ce que disait le vétérinaire, qui sait,... Je m'en veux de ne pas l'avoir gardé à la maison pour ses dernières minutes mais ne je ne pouvais pas le voir partir dans le camion du clos d'écarissage, il est parti debout.

Ce que je ferai pour les autres, je ne sais pas ...

Dédé tu me manques

Nathalie